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Parle-leur du livre de Mathias Enard

16 Sep

Chaque année, les éditeurs s’engagent à publier moins à la rentrée  – de septembre, car maintenant il y a aussi la rentrée de janvier, eh oui. Et bien ils mentent ces messieurs-dames, car l’on a encore cette fois-ci enseveli ces pauvres libraires sous des colis et des colis de nouveaux récits.

Chaque année, les prix littéraires sont distribués. Et l’on connaît très bien, même ceux qui ne lisent pas, les têtes de liste. Il y a Michel Houellebecq, Amélie Nothomb, Marc Dugain, etc.

Chaque année, l’on s’accorde à penser que le Goncourt ira à Houellebecq. Bref.

Petit livre, grand voyage

Chaque année, j’avoue je m’ennuie un peu.

Mais cette année, j’ai eu la chance de tomber sur une petite merveille – deux en fait, mais voici déjà la première. Ce livre est de surcroît sur la liste des sélectionnés pour le Goncourt. Alors je me suis dit que l’ouvrage était une bonne et heureuse façon de commencer ce blog. En m’adressant aux grands lecteurs, oui d’accord, mais aussi et surtout à ceux qui ne lisent pas, ou peu, mais qui aiment ô combien voyager.

Car c’est un voyage que ce petit livre : Parle-leur de batailles, de rois et d’éléphants. 150 pages, un petit centimètre, et vous voilà au départ d’Italie direction Constantinople, et pas avec n’importe qui : avec Michel-Ange. Pas rien, le sultan Bayazid, Bajazet en bon français, l’a appelé pour dessiner son nouveau pont sur la Corne d’Or. Le fait est historique, l’artiste se rendit bel et bien en 1506 dans la cité ottomane pour relever un défi que De vinci avait laissé tomber.

Si les livres se vendaient vraiment, l’idée serait une mine d’or (pour ne pas dire une corne d’or), pour l’auteur. Mais le talent ne s’arrêtant pas à une bonne idée, il y a l’écriture. Celle de Mathias Enard est d’une beauté qui s’assortit bien aux ors des trésors d’Istanbul, d’une simplicité qui s’accorde à merveille avec le trait léger et profond du Maître italien. L’on y trouve des mots inconnus, mais qui dans la page font l’effet d’un breuvage inédit dans les salons d’un palace étranger. On aime, on se laisse griser. Le titre fait écho à une œuvre de Kipling, et c’est bien dans cette lignée de romanciers-voyageurs que prend place Mathias Enard. L’écrivain avait déjà été repéré et aimé par son précédent roman, Zone. Je ne le connais pas et l’on ne peut me taxer d’influence : je n’ai pas lu Zone. Mais je vais me le procurer, de même qu’il faut acheter ce livre, l’offrir, le prêter, l’emprunter. Un voyage, je vous dis. Le premier grand voyage de la rentrée.

(Ps. J’avais parlé d’enthousiasme ?)

Parle-leur de batailles, de rois et d’éléphants, Editions Actes Sud, 153 pages, 17 E