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De l’amour des femmes, avec Claudie Hunzinger

21 Sep

De la poésie au féminin pluriel

Elles vivaient d’espoir est un premier roman. Mais la dame qui l’a écrit n’en est pas à sa première écriture. Elle est passée par la poésie, et la poésie ne l’aura pas quittée, qui illumine ces pages de bout en bout.

Sous ce titre bien justement emprunté à un vers de Paul Eluard, cette brève histoire raconte la vie de deux femmes, Emma et Thérèse. Elles traversèrent l’Entre-deux-guerres en s’aimant. Elles s’aimaient, elles rencontraient des hommes, cherchaient leur liberté sur ces chemins grand ouverts par Gide, Larbaud, les écrivains d’alors et les classiques qu’Emma enseignait.

Thérèse est décrite comme petite, presque frêle, mais ardente. Emma, elle, est solide et joyeuse mais… Mais surgit la seconde Guerre Mondiale. Les parcours se détachent, les questions se posent.

Comment expliquer le chemin d’une vie ? A quel événement, aussi infime soit-il, peut-on attribuer le changement ? Est-il possible qu’après avoir goûté à la liberté, l’on puisse s’en éloigner tout à fait ? Autant d’interrogations que soulève l’enquête – car c’est une enquête – menée sur ces deux femmes, à travers leurs correspondances. Claudie Hunzinger est la fille d’Emma. Elle est celle qui, à son tour, cherche.

Sous son écriture limpide et exigeante, défilent les années flamboyantes, les années de guerre, les défaites, l’espoir… et le désir, aussi capricieux que l’Histoire. Dans ce temps à part qu’est la littérature, ces destins contrariés revivent, et deviennent exceptionnels. Ils sont simplement beaux, comme un poème.

(Ps. voilà qui me donne envie de lire ou de relire les poètes… Prochain billet.)

Elles vivaient d’espoir, de Claudie Hunzinger, Editions Grasset, 246 pages, 19 E.

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Parle-leur du livre de Mathias Enard

16 Sep

Chaque année, les éditeurs s’engagent à publier moins à la rentrée  – de septembre, car maintenant il y a aussi la rentrée de janvier, eh oui. Et bien ils mentent ces messieurs-dames, car l’on a encore cette fois-ci enseveli ces pauvres libraires sous des colis et des colis de nouveaux récits.

Chaque année, les prix littéraires sont distribués. Et l’on connaît très bien, même ceux qui ne lisent pas, les têtes de liste. Il y a Michel Houellebecq, Amélie Nothomb, Marc Dugain, etc.

Chaque année, l’on s’accorde à penser que le Goncourt ira à Houellebecq. Bref.

Petit livre, grand voyage

Chaque année, j’avoue je m’ennuie un peu.

Mais cette année, j’ai eu la chance de tomber sur une petite merveille – deux en fait, mais voici déjà la première. Ce livre est de surcroît sur la liste des sélectionnés pour le Goncourt. Alors je me suis dit que l’ouvrage était une bonne et heureuse façon de commencer ce blog. En m’adressant aux grands lecteurs, oui d’accord, mais aussi et surtout à ceux qui ne lisent pas, ou peu, mais qui aiment ô combien voyager.

Car c’est un voyage que ce petit livre : Parle-leur de batailles, de rois et d’éléphants. 150 pages, un petit centimètre, et vous voilà au départ d’Italie direction Constantinople, et pas avec n’importe qui : avec Michel-Ange. Pas rien, le sultan Bayazid, Bajazet en bon français, l’a appelé pour dessiner son nouveau pont sur la Corne d’Or. Le fait est historique, l’artiste se rendit bel et bien en 1506 dans la cité ottomane pour relever un défi que De vinci avait laissé tomber.

Si les livres se vendaient vraiment, l’idée serait une mine d’or (pour ne pas dire une corne d’or), pour l’auteur. Mais le talent ne s’arrêtant pas à une bonne idée, il y a l’écriture. Celle de Mathias Enard est d’une beauté qui s’assortit bien aux ors des trésors d’Istanbul, d’une simplicité qui s’accorde à merveille avec le trait léger et profond du Maître italien. L’on y trouve des mots inconnus, mais qui dans la page font l’effet d’un breuvage inédit dans les salons d’un palace étranger. On aime, on se laisse griser. Le titre fait écho à une œuvre de Kipling, et c’est bien dans cette lignée de romanciers-voyageurs que prend place Mathias Enard. L’écrivain avait déjà été repéré et aimé par son précédent roman, Zone. Je ne le connais pas et l’on ne peut me taxer d’influence : je n’ai pas lu Zone. Mais je vais me le procurer, de même qu’il faut acheter ce livre, l’offrir, le prêter, l’emprunter. Un voyage, je vous dis. Le premier grand voyage de la rentrée.

(Ps. J’avais parlé d’enthousiasme ?)

Parle-leur de batailles, de rois et d’éléphants, Editions Actes Sud, 153 pages, 17 E