Des hommes en cadeau

8 Mar
Nos amis les hommes. Ici (de gauche à droite) : Tristan Tzara, Paul Eluard, André Breton, Hans Arp, Salvador Dali, Yves Tanguy, Max Ernst (mon préféré), René Crevel (mon chouchou), et Man Ray.

Nos amis les hommes. Ici, de gauche à droite : Tristan Tzara, Paul Eluard, André Breton, Hans Arp, Salvador Dali, Yves Tanguy, Max Ernst (mon préféré), René Crevel (mon chouchou), et Man Ray. « Laissons les barreaux derrière nous », semblent-ils (me) dire.

Journée internationale des femmes 2013. Cette année je ne suis pas engagée dans une action citoyenne, une manifestation telle qu’une œuvre théâtrale sur la sensible et si problématique condition de la femme dans notre société, dans le monde. Cette année, au lieu de dénoncer d’une manière ou d’une autre l’inégalité et la violence toujours aussi accablantes, j’ai décidé d’évoquer, notamment ici, le féminin à travers les grands hommes qui, sur mon parcours hélas particulièrement riche en misogynes, harceleurs et autres grands tarés nocifs, m’ont aidée à devenir la femme que je suis.
Ces hommes, ils sont anonymes, moins anonymes, connus. Ils sont mes amis, mes amours, mes poètes.

Parce qu’on ne se nourrit pas que de papier, je rendrai d’abord hommage à mes amis. A ceux-là qui ont toujours eu à cœur mes intérêts, mon bien-être. Partisans, sans être complaisants. Il y a Lionel : ma « balise » essentielle dans ma tête-tempête, géant généreux et génial qui m’a placée toute jeune sous le premier soleil chaleureux de l’amitié véritable. Mais aussi Marc-Henri, Willy, Yves, José, Pablo, Ivan… une belle liste de bons hommes qui, de près ou de pas loin, m’ont témoigné leur soutien dans les épreuves, exclusivement féminines ou non.
Ces hommes-là, face à l’agression ou dans la vulnérabilité de certaines situations, ont su me rendre plus forte. Non pas en m’offrant une protection masculine (du moins si l’on juge que l’amitié n’est pas une forme de protection en elle-même – je crois qu’elle l’est), mais en me considérant. Tout court. En ne m’enfermant pas dans je-ne-sais-quel stéréotype (il y en a tant !), en ne me réduisant pas à mon sexe, à mon genre, aux clichés. En considérant la personne que je suis, et sa parole. Sans ignorer non plus la femme dont ils sont curieux, et sans crainte ni peur de me tancer joyeusement aussi parfois. En étant eux-mêmes, en somme : leur proximité m’a permis de constater que non, l’homme n’est pas (notamment) qu’un prédateur ou un méprisant sujet faisant de la femme son objet. Je leur dois une fière chandelle à ces hommes-là : ils m’ont évité, à certains moments de mon existence, bien des écueils, dont le danger de devenir misandre. Et tout ça avec force rires à gorge déployée, bien entendu.

Ce que l’on comprend à travers l’amitié ne trouve pas sa traduction immédiate en amour, eh non. Mais l’amour vient. Il arrive, un jour, par surprise, et met à bas des murailles érigées au fur et à mesure des mauvaises rencontres, d’une mauvaise éducation (les deux mon capitaine). Il parvient par sa force à éradiquer la peur et sa cohorte d’agents armés jusqu’aux dents. Un amour salvateur. Du moins on aime à le croire, et cette force de salvation, on l’a en soi. On se sauve soi-même, en se laissant aimer. Pour cela il faut du cran – femme, on en a. L’homme qui se fait le relais n’est en revanche pas forcément à la hauteur (loin de là), il peut se révéler un autre fumier de la pire espèce encore plus tordu que les précédents, mais l’important n’est pas là : l’important, c’est que chemin faisant, on apprend à ne plus avoir peur, sans se mettre en danger. Moi, je dois ça à un petit gros manipulateur. Eh oui.

Oui, l'amour et l'amitié vous portent vers le haut.(ici Katherine Hepburn, portée par Cary Grant, James Stewart et George Howard, pour "The Philadelphia Story", "Indiscretions"

Oui oui, l’amour et l’amitié vous portent vers le haut.
(ici Katherine Hepburn soutenue par Cary Grant, James Stewart et George Howard pour le film « The Philadelphia Story »)

L’amitié, l’amour… la poésie. Les frontières sont poreuses. Ici, avant de citer mes héros célèbres, je parlerai de celui-là : André. Cet immense ami, ce poète, écrivain, aussi excellent qu’exigeant, dont je parlais déjà ici. André aux idées et aux rires toujours aussi galvanisants – oui, nous faisons mieux à nous deux dans nos échanges que bien des auteurs aux dialogues publiés sous le pompeux nom de littérature ! Du moins, je ris davantage ! L’intelligence lumineuse et éclairante de l’homme qui pense, de l’homme de bien qui me fait tellement de bien.

desnoserotismeEnfin il y a les hommes rêvés rêvant des femmes. Mes poètes. J’ai déjà parlé d’eux ici par exemple, et je pourrais agrandir indéfiniment la liste… Mais, beau hasard de calendrier, est publié ces jours-ci dans cette jolie collection de L’Imaginaire chez Gallimard, un texte de celui que j’aime sans doute le plus : Robert Desnos (avec Apollinaire, Pessoa, Michaux, Nerval… Indéfiniment, disais-je).
Désir, amour, excès, humour : l’invention du poète me surprend, suspend ma pensée, me cueille, et je me re/cueille à sa lecture, sans cesse. Le lien entre l’amour et la pensée, le désir et la création, la vie amoureuse et l’art : l’irrationnel et donc légitime amour que je porte à ce poète me conduit ce matin-même à la librairie pour me procurer cette œuvre méditative, De l’érotisme, que je devine exaltante. Même si l’érotisme en question fait la part belle au marquis de Sade… Faut-il « brûler » ce dernier ? A la suite de Mme de Beauvoir, que chacun médite sur la question.  

machadoChemin faisant, comme les sentiers sont toujours ouverts qui mènent vers de sublimes horizons, je ferai aussi l’acquisition des Champs de Castille, de Antonio Machado, autre immense poète que je n’ai pas assez rencontré à mon goût. C’est Edgar Morin qui a souvent cité ce vers :

« Caminante no hay camino, se hace camino al andar », écrivait Machado. « Toi qui marche, il n’y a pas de chemin. Le chemin se fait en marchant. »

Il s’agit alors d’être bien accompagnée. De s’offrir de bons hommes en cadeau : de papier, de chair et d’os… « Qu’importe le flacon » ! (n’est-ce pas monsieur de Musset). A toutes les femmes en ce jour, je souhaite alors d’être bien entourées. Cela s’apprend aussi sur le chemin, ça a été mon cas. Entourées d’hommes bons, et de femmes pareillement bonnes. Autre beau hasard de calendrier d’ailleurs : ce soir je passerai une soirée… exclusivement féminine, avec ma meilleure amie. Et nous parlerons, assurément, de ces hommes tant aimés.

– Robert Desnos, De l’érotisme, considéré dans ses manifestations écrites et du point de vue de l’esprit moderne, Gallimard collection L’Imaginaire, 126 p., 6,90 euros.

– Antonio Machado, Champs de Castille, Solitudes galeries et autres poèmes… Gallimard Poésie, 316 p., 11 euros.

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