Le panthéon cinéphile #4 : le top du cool, Raoul Walsh

24 Juil

La vision de l’un des grands borgnes de Hollywood : classe et générosité.

Voilà la meilleure recommandation estivale pour les cinéphiles… et les autres. J’en avais fait mention dans l’un de mes derniers papiers : le Festival de La Rochelle mettait à l’honneur cette année, outre Chaplin qu’il n’est point besoin de présenter, l’un des très grands borgnes* de Hollywood: Raoul Walsh. La rétrospective continue sur grand écran à Paris, et… en DVD bien sûr.

Né en 1887 à New York, le jeune acteur Raoul s’est vite pointé sur la côte Ouest où il devient l’assistant réalisateur de D.W. Griffith. En 1915, il passe lui-même au rang de réal, avec Life of Villa et Regeneration. S’ensuit une activité prolifique, du muet au parlant, où il s’entoure des meilleurs acteurs de son temps : James Cagney, Humphrey Bogart, Errol Flynn – pour ne citer que les plus fameux et… virils. Car Walsh a porté haut, avec peu de misogynie pour l’époque, ces symboles d’une virilité cinématographique portée aussi par la concurrence (Ford, Curtiz, Huston…). Westerns, aventures, polars grandioses, comédies enlevées… Walsh a embrassé tous les genres avec le même succès, et la même recette : du rythme, du rythme, du rythme ! Autrement dit : de l’action.

Ouvrez l’œil, et le bon !

Les anecdotes ne manquent pas sur le génie et sur le caractère facétieux du réalisateur… Entre ses beuveries avec Flynn, ses escapades au Mexique… Une même légende qui entoure d’autres cinéastes bons vivants, tel Huston. Sur sa manière, il n’a pas manqué d’alimenter lui-même son image. Par exemple, quand un producteur voulait se mêler de son travail : « Je faisais tomber mon œil de verre dans ma soupe ou mon café, et je le recherchais avec une cuiller… [Le producteur] disparaissait généralement très vite… »**

Avec le pote Bogart, que l’on n’a pas l’habitude de voir sourire, sur le tournage de High Sierra (1941, avec Ida Lupino également)

Aussi, sur son travail avec les acteurs, un ami auteur de livres de cinéma m’a rapporté celle-ci : d’après Gregory Peck, interprète dans The world in his arms, Anthony Quinn éprouvait un besoin presque hystérique de recueillir conseils et compliments du réalisateur. Ce en quoi Raoul Walsh était en général assez chiche. Jouant un Portugais, Quinn, une énième fois, demanda à Walsh : « Et comme ça, c’est bien ? » Excédé, Walsh lui recommanda alors fort énergiquement : « Plus d’ail ! Tu es portugais ! Plus d’ail ! » Bon, des anecdotes marrantes, il y en a foison sur Walsh et le Hollywood de son temps. Brisons là.

Fort à propos, le cinéma Action Christine projette actuellement une rétrospective de ses films. Je ne parlerai pas des œuvres déjà projetées, mais il en reste un bon et beau nombre à (re)découvrir sur grand écran, dont je distingue, par amour, deux titres :

L’Enfer est à lui (White Heat) est un film noir de 1947, avec James Cagney qui retrouve ici l’un de ces rôles de bandit qui lui avaient assuré un succès monumental du temps de l’Ennemi Public (1931, W. Wellman). Criminel et fou dangereux, le Cody qu’il interprète est chassé, avec son gang et sa môman, par la police. Et pendant ce temps… Walsh tourne l’une des scènes les plus géniales du cinéma mondial, rien que ça. Extraordinaire polar, avec de surcroît des curiosités visuelles plutôt amusantes pour notre ère d’effets spéciaux dernier cri.

Gentleman Jim (1942) est une petite merveille de drôlerie, de panache et de… film social. A la fin du XIXe siècle, Jim Corbett veut s’élever à toute force dans la société : devenir champion de boxe, acteur, et épouser la fille de son patron… Son ambition et ses manières lui apportent une certaine notoriété et lui valent le surnom de Gentleman Jim. Dans le rôle, Errol Flynn étincelle, et ce film laisse une empreinte profonde et durable dans l’esprit de ceux qui le regardent. Où l’on voudrait que la vie recèle davantage de cette énergie et de cette élégance. Voilà une séance que je ne raterais pour rien au monde.

 Je pourrais également vous parler de Strawberry Blonde, merveilleuse comédie (sociale, encore) où Cagney (génial, encore) est partagé entre Olivia de Havilland en adorable suffragette et Rita Hayworth en ambitieuse courtisée ; ou encore d’Une femme dangereuse (They drive by night), où la méconnue et pourtant géniale Ida Lupino campe une cinglée amoureuse et concurrente de la belle et intelligente Ann Sheridan pour le charisme de George Raft (que vous connaissez forcément pour son rôle de « Spats Colombo », le mafieux à guêtres de Some like it hot), ici camionneur avec son frère, interprété par un Bogart jeunot, souriant et… drôle !

Alors ouvrez l’œil, et le bon, sur cette programmation. Dans les films de Walsh, l’action en effet guide le récit, servi toujours par des interprètes qui, du premier rôle jusqu’au dernier, ont tous une belle part à jouer et donnent à ces films une richesse, un souffle généreux et chaleureux qui enchantent le spectateur. Une belle histoire, de belles équipes : du grand, immense cinéma, au tempérament bien affirmé. « Plus d’ail ! »

– Rétrospective Raoul Walsh, jusqu’au 31 juillet à l’Action Christine, 4 rue Christine (salles climatisées !), Paris 5e arr. Programme détaillé Ici.

*John Ford, Fritz Lang et André De Toth étaient également frappés d’une vision réduite à un œil. Quand on pense à tous ceux qui en ont deux et ne savent pas s’en servir derrière une caméra…

** Anecdote rapportée par Bertrand Tavernier et Jean-Pierre Coursodon, in 50 ans de cinéma américain.

Ps. Cela faisait longtemps que je n’avais enrichi le « Panthéon cinéphile »… C’est que ce serait une recension titanesque ! D’ailleurs, ne ratez pas non plus, en ce moment, la projection en copie neuve de cette merveille absolue qu’est La Garçonnière (The Apartment), de l’inégalable Billy Wilder, en copie neuve à la Filmothèque du Quartier Latin, 9 rue Champollion, Paris 5e arr.

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2 Réponses to “Le panthéon cinéphile #4 : le top du cool, Raoul Walsh”

  1. Carmadou juillet 24, 2012 à 19 h 08 min #

    Nous votons Gentleman Jim, une petite merveille ! Un sacré cinéaste que Raoul Walsh !

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