Moments fugaces, plaisirs tenaces

15 Fév

Leonard de Vinci

Ceci est une petite incartade… La saison est plutôt morne en événements culturels, mais propice aux errements de l’esprit. Entre deux pages d’un livre plutôt distrayant mais sans grand intérêt (dont je ne vous entretiendrai donc pas), un joli moment : une vieille dame ressurgit dans la vie du personnage principal, une dame qui autrefois, dans une autre vie, partageait sa vie professionnelle et lui offrait régulièrement, à lui plus jeune, des desserts qu’il emportait dans la pension où il vivotait. Ce passage, cette petite évocation d’un temps révolu, m’a ramenée moi-même aux innombrables moments de tendresse, de gentillesse, de douceur que j’ai reçus de la part de personnes avec qui je ne partageais ma vie, que je croisais simplement sur mon chemin, ou qui ont occupé, le temps d’une vie révolue donc, une place à part dans mon existence. Permettez ce petit hommage…

Il y a Alexa, la maman d’un ami devenu frère, qui pendant que j’effectuai un stage à Paris à un moment où je n’y vivais pas encore, m’apportait tous les soirs, dans sa chambre d’amis où j’étais accueillie, et avec une tendresse inoubliable, à l’heure de dormir une infusion de camomille et un fruit, pour que je passe une bonne nuit.

Il y a Pierrette, belle-maman d’un temps, grande dame, qui ne manquait jamais de préparer sa charlotte aux framboises que j’adorais à chacune de mes visites.

Il y a « Papou », qui refusa que son petit-fils (de mon âge, super mignon) m’emmène découvrir Bonifacio car il voulait faire découvrir par lui-même à la jeunette que j’étais cette part de son île de beauté. Grande classe, « à l’ancienne ».

Picasso

Il y a Raymond, cet infirmier qui apprenant que le rhum était mon alcool préféré, m’apportait sur mon lit d’hôpital une bouteille de Trois Rivières, le meilleur de sa Martinique natale.

Il y a Stéphane, discret collègue qui m’a offert un nombre incalculable de services informatique, avec une gentillesse aussi gratuite que spontanée.

Isabelle, qui m’interpellait pour m’offrir des places de spectacle avec un enthousiasme jamais démenti.

Aline, prompte à bricoler et à m’offrir un accessoire de théâtre car elle savait y faire et avait entendu dire que j’en avais besoin.

François, le sourire toujours large au « café bleu », toujours disposé à faire partir au courrier de la multinationale mes correspondances (ah le bon vieux temps !).

Georges et Betty, les parents de l’amie, qui m’accueillirent chez eux comme une reine le temps d’une nuit, alors qu’ils ne me connaissaient pas, sur ma route vers Avignon.

Et Philippe, qui me régalait de ses fous rires et de ses super recettes que je fais toujours. Paix à son âme (je pense toujours à toi, « ma belle »).

Greuze

Aujourd’hui encore, il y a des gens qui ne font pas partie de  mon entourage très proche mais que je croise souvent, et qui me touchent, comme ça, sans prévenir, avec une petite attention chargée d’amitié.

Comme Lio, collègue occasionnel qui lors d’un de mes passages sur son lieu de travail récemment, m’offre à brûle-pourpoint le DVD d’un joli film que j’ai aimé. Il est bien entouré : Emilie, Stéphane et Eric, aussi prompts à partager et/ou à rendre service.

Comme cette ancienne élève encore, que j’ai eue dans ma classe toute jeune à l’école Florent et qui à la fin de son cursus théâtral professionnel débarque chez moi avec un bouquet de fleurs gigantesque. Ma petite Claire…

Christian et Babeth, mes super voisins (j’ai les meilleurs voisins du monde) qui glissent dans ma boîte aux lettres un film ou un CD qui peuvent me plaire. Et combien de services échangés en tant d’années ?!

Delacroix

Enfin dernièrement Andrea, le patron-cuisinier hors pair du meilleur restaurant grec parisien*, que j’ai eu la chance de rencontrer. L’immense monsieur que j’ai hâte de retrouver me fait découvrir à 3 heures du matin le meilleur vin de Santorin.

Tous ces petits moments de vie, au présent ou au passé, les gestes d’affection, aussi infimes soient-ils, sont autant de privilèges reçus, qui surgissent un soir de lecture calme dans la nuit froide. Je ne peux pas les recenser tous, ces cadeaux-là. Mais tous m’emplissent d’une reconnaissance que je ne saurai jamais tout à fait exprimer (j’espère avoir su le faire sur le moment). J’ai de la chance. Et je ne parle pas des présents constants et inénarrables de mes meilleurs amis**, vous l’aurez compris. Sur ce chapitre, oui, j’ai de la chance, je suis même bénie des dieux.

Il y a peu, un jeune homme un peu candide me demandait, parce qu’il se sentait impuissant, s’il faisait bien d’apporter comme il le faisait un sandwiche ou une soupe à ce monsieur qui vit dehors, en bas de chez lui. Etonnamment (ou est-ce les méfaits des discours nauséabonds sur « l’assistanat » qui finissent par atteindre les âmes les mieux disposées), il craignait, ce faisant, de maintenir ce monsieur dans cette vie-là.

Ingres

Au cas où vous seriez, lecteurs, dans les mêmes questionnements, petit rappel : les raisons de cette « vie-là » sont bien plus compliquées que ça, on y tombe néanmoins aisément, il suffit de peu pour perdre pied, tous les travailleurs sociaux vous le diront. On ne choisit pas de vivre dans la rue pour avoir des sandwiches à l’œil… En sortir est un véritable chemin de croix psychologique, il faut traverser l’enfer à cloche-pied pour retrouver le chemin d’une vie sociale, quand c’est encore possible. Ce n’est pas cette aide passagère qui l’y maintient, car il n’y a pas de confort ni de facilité ni de choix ni de paresse, dans 99,9 % des cas.

Mais cette aide passagère, cette attention, envers une personne que l’on ne connaît pas, est une main tendue, une gentillesse gratuite. Un geste qui signifie : « Vous existez, je vous vois. » Et ça fait plaisir. Pas besoin de vous faire un dessin. On n’est pas grand chose sans le regard des autres. On n’est plus rien du tout quand on devient invisible. Et l’une des grandes souffrances des gens qui subissent la rue, c’est de devenir, précisément, invisibles. On ne les regarde pas, on les évite. Parfois même, on en a peur. Vous comme moi.

Rodin

Il fait encore très froid en ce moment dehors. Alors à votre bon cœur, m’sieurs dames ? Aidez comme vous pouvez ceux qui n’ont ni toit, ni personne pour les réchauffer. Car vous aussi, comme moi, savez à quel point il est bon de recevoir un témoignage de gentillesse ou de bonté. Cela vous est arrivé aussi. Assurément.

* Mavrommatis, à Paris dans le 5e arr.

** À mes bien-aimés L. S. A. G. S. Y. MH. … que vous dire que vous ne sachiez déjà…?

Ps. Evidemment, n’étant pas simplette, je précise que j’ai eu aussi mon lot d’adversités, de blessures, d’injustices et de mesquineries. Mais je préfère laisser aux méchantes gens leur méchanceté.

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7 Réponses to “Moments fugaces, plaisirs tenaces”

  1. myël février 15, 2012 à 16 h 22 min #

    Je suis touchée par ce très bel article, par les moments simples et précieux que tu nous confies, parce qu’ils me rappellent ceux que j’ai pu vivre, et leur importance qui perdure… :)

    • mademoiselledupetitbois février 15, 2012 à 18 h 25 min #

      :-) Ça fait du bien parfois de se souvenir des belles choses (pour paraphraser le titre d’un bien joli film) et de faire appel à elles pour mieux supporter la « douleur des jours à traîner » (et là je cite Pierre Lapointe ! Ben alors…). Parlant de jours, je vise ici les actus qui nous parviennent quotidiennement.

  2. bullesdinfos février 15, 2012 à 20 h 43 min #

    Très bel article et bel hommage pour ces personnes qui t’ont accompagné.

  3. bullesdinfos février 15, 2012 à 20 h 44 min #

    accompagnéE !

  4. quenotte février 16, 2012 à 8 h 26 min #

    Dans ma petite ville de 6000 habitants il n’y a pas de Sdf,parfois un itinérant,je me souviens de l’un deux qui était resté plus que prévu car les habitants lui proposaient des petits travaux contre un repas ,.Je suis d’accord avec toi pour dire qu’il ne faut pas tourner la tête et leur tendre la main .C’est bon de se remémorer tous ces petits instants de bonheur que tu décris,ils sont à la portée de tous,bonne journée!

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