Blue mondays ? Mais non… Suivez donc cet homme

4 Fév

La période est rude, paraît-il, pour le plus grand nombre à la fin janvier. Entre festivités passées, manque de lumière, impôts et autres joyeusetés météo de saison, un scientifique a étiqueté janvier « période la plus déprimante de l’année », avec pour pic le Blue Monday, 16 du mois. Bon, soit. Maintenant on est en février, alors passons voulez-vous, même s’il fait un froid de canard et qu’on se fait gras (hum). Si vous êtes toujours dans le noir, je vous propose une recette imparable : les amis, solaires, et, encore et toujours… un peu de lecture !

Je ne peux plus vous engager à aller voir l’expo exceptionnelle Léonard de Vinci à Londres (oui il m’arrive de quitter ma ville), elle s’achève ces jours-ci. Je ne vous engagerai pas non plus à aller voir l’expo Cézanne au Luxembourg : ou je n’ai pas de chance avec ce peintre – jusqu’à présent je demeure insensible à son art mais je ne désespère pas – ou cette expo n’est pas la plus représentative de sa… lumière légendaire. Cézanne à Paris est triste, misogyne, et rien qu’à comparer (ce que propose l’accrochage) le portrait du célèbre galériste Ambroise Vollard fait par l’artiste avec la version de Pierre Bonnard… Ben je suis désolée, c’est la vision de Bonnard qui m’enchante. Bref.

La Rue des Saules par Cezanne : petit clin d'œil-consolation de l'expo

Donc, pour tenter d’égayer un peu la vie sous ciel gris, il me reste un livre. Un. Non pas que la rentrée littéraire ne porte pas son lot de bons livres : celui d’Antonio Muñoz Molina est par exemple magistral (Dans la grande nuit des temps, au Seuil). Mais celui dont je veux vous parler m’a beaucoup amusée, il est léger et – ne soyez pas surpris – quelque peu « trash ».

Une double vie c’est deux fois mieux, dit le titre. Et je suis parfaitement d’accord. Jonathan Ames est un écrivain new yorkais qui – comme tout créatif qui se respecte – fuit l’ennui en menant non pas une, mais des vies. Dans son cas, il s’invente des missions ou accepte toute proposition qui se présente, aussi farfelue soit-elle.

Ce type est assez barré pour contribuer au Club des admirateurs du velours côtelé

Se faire passer pour un détective privé et être embarqué derechef dans une histoire impossible ; accepter de se faire péter le nez dans un combat de boxe spécial écrivains ; plonger dans des gouffres de perplexité sexuelle (beh oui ça arrive)… Entre journalisme, essais et nouvelles, toutes ces petites histoires sont tour à tour amusantes, enrichissantes, ou hallucinantes. On se marre dans ces chroniques barrées et gonflées, nourries par la vision et l’autodérision de ce type tout à fait attachant. C’est un peu comme si outre-Atlantique ils avaient un Frédéric Beigbeder plus fun, pas énervant et qui surtout ne se prendrait pas au sérieux. En revanche, avertissement : c’est à ne pas mettre entre les mains de toute personne de moins de 16 ans ou… sexuellement coincée.

Entre Sex in the city au masculin et Rencontres du troisième type au bout du couloir à gauche, on sourit des vies légères de Jonathan Ames et, comme je le disais, en cette période, ben c’est pas du luxe.

Cadeau Bonus : il se met en scène aussi en série télé dans Bored to death, produite par ses soins sur HBO avec dans son rôle l’acteur Jason Schwarztman, accompagné par Ted Danson et quelques guests comme, dans la première saison, Mister Jim Jarmush. Ce n’est pas ma série préférée (j’ai déjà parlé de mes héros favoris ici), mais c’est léger, et fun. 

Contre la grisaille, je recommande !

– Une double vie c’est deux fois mieux, de Jonathan Ames, éd. Joëlle Losfeld, 256 p., 21 euros 50. En librairie ce 9 février.

– Dans la grande nuit des temps, d’Antonio Muñoz Molina, éd. du Seuil, 768 p., 23 euros. 

Ps. Il y a aussi au cinéma mon cher George (Clooney) dans « The Descendants » et « Another happy year » avec la géniale Ellen Barkin (qu’on ne voit pas assez depuis vingt ans) : mais si ce sont de bons films, pas de quoi vous en parler sur une page… Quant à la version de Millenium par Fincher : boh, c’est comme revoir son « Zodiac » en Suède. Pis je préfère Noomi Rapace à Rooney Mara, même si elles se valent en termes de noms impossibles. Reste qu’une bonne histoire, est une bonne histoire.

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8 Réponses to “Blue mondays ? Mais non… Suivez donc cet homme”

  1. Bombay Magic février 4, 2012 à 17 h 21 min #

    Merci pour le conseil lecture, ça a l’air savoureux … Je vais peut-être essayer ça avec mon nouveau kindle (qui me permet de lire des livres en français depuis l’Inde!!!! C’est génial).
    Pour Cezanne …. ça me rassure de lire ça sur ton blog … Moi, c’est pareil!

  2. mademoiselledupetitbois février 4, 2012 à 17 h 40 min #

    Ah ben voilà une utilisation du kindle que j’ignorais et qui à elle seule justifie l’existence de cet outil ! Chuis une lectrice farouchement antinumérique (ben oui quoi, un kindle qui tombe par terre ou dans le bain et c’est toute la bibliothèque qui est fichue ;-) Plus sérieusement je suis si attachée à l’objet papier… que j’ai du mal à me résoudre au pratique pourtant indiscutable de ces machines. Je suis une romantique. Quoi qu’il en soit, voilà qui me rassure aussi pour Cezanne !

    • Bombay Magic février 7, 2012 à 8 h 37 min #

      Je n’étais pas non plus enthousiaste au début. Ce qui m’a décidé, c’est la possibilité de lire des livres en français. Généralement, je reviens de France avec une douzaine de bouquins, mais c’est lourd (il y a aussi du vin à ramener, du saucisson, tout ça :-) et au bout de 2 ou 3 mois (selon que les bouquins sont passionnants ou pas), le stock est épuisé!
      J’étais au début déconcertée par l’objet, mais après 1 mois de lecture sur Kindle, quand j’ai ressorti un bouquin « traditionnel », je l’ai trouvé lourd à tenir!!!! On devient vite paresseuse. En fait, j’ai constaté que la magie des mots nait aussi bien du papier que de l’écran…
      Pour le bain, les baignoires sont interdites à Bombay (on en trouve quand même dans certains apparts où les constructeurs ont dû corrompre les inspecteurs, mais c’est plutôt rares), car il n’y a pas assez d’eau pour tout le monde. Pas de risque de ce côté là donc!

      La bonne nouvelle, c’est que tes bouquins sont tous archivés chez Amazon. Si tu fais tomber ton kindle et que tu dois le remplacer, tu récupères tout!!!

      • mademoiselledupetitbois février 7, 2012 à 15 h 59 min #

        Mais c’est que tu vas réussir à me convaincre ! Ahah, en effet ça ressemble fort, à travers ton expérience, à une invention on ne peut plus opportune et mirifique. Si jamais je devais quitter Paris je m’y convertirais du coup, aussi sec ! Mais j’aime trop les bains (pas secs) pour m’installer là où ils sont impossibles ;-) Merci pour toutes ces infos que j’ignorais, d’ailleurs. Je m’en vais reprendre un excellent polar qui pèse une tonne… En attendant.

  3. Diane février 5, 2012 à 10 h 34 min #

    Tiens, il me tente bien ce livre ! Merci pour cette découverte :)

    • mademoiselledupetitbois février 6, 2012 à 18 h 24 min #

      Mais de rien Diane ! Tu m’en diras des nouvelles :-) [mes posts et mes commentaires ne sont pas sponsorisés, hein, petit rappel opportun]

  4. Bombay Magic février 10, 2012 à 7 h 19 min #

    Je repasse …. (je m’installe, presque). Je n’ai pas commencé à lire ton bouquin, (là je viens d’entamer 1Q81 de Haruki Murakami!) en revanche, j’ai découvert cette semaine l’existence d’une « communauté » indienne qui m’y fait penser.
    Les Behrupiyas, communauté nomade, dont les membres adoptent tous les 42 jours un nouveau déguisement, personnage qu’ils vont personnifier pour les 42 jours suivants – j’ai vu des photos géniales, celui qui se transforme (plus qu’il se déguise, car il « joue » ce personnange) en touriste étranger, l’autre qui se déguise en dieu hanuman, en lion etc …. Du pur délire…. Cette communauté est très ancienne, et au moyen age, ils étaient parfois employés comme espions dans les courts royales!!!!! Incroyable, non ?
    Et tous les 42 jours, oup, tout le monde change!!!!

    • mademoiselledupetitbois février 10, 2012 à 9 h 50 min #

      Mais c’est génial ! L’essence même du métier de comédien (ou d’écrivain, même si c’est moins notable), érigé en mode de vie. Extra, j’espère que tu vas présenter cette communauté sur ton blog avé les photos ? La seule vision que j’ai du théâtre indien est basé sur le travail de Peter Brook avec sa version du Mahâbhârata – il en parle super bien dans son passionnant essai « Points de suspension » (je recommande, même quand on est pas impliqué théâtralement, c’est vraiment enrichissant). Notamment quand il raconte le « rituel » du cercle et l’importance du costume. Même si c’est une simple chemise blanche, le fait de la passer et d’entrer dans le cercle (un espace scénique qui peut être simplement signifié au sol) représente un tel mécanisme de transition que la sublimation et le passage à la fiction sont instantanés. Bref… Sinon installe-toi je t’en prie, surtout pour m’apprendre des trucs pareils :-)))

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