Anticrise (de panique) : quelques idées de Noël culturel

3 Déc

Bah oui, on est tous de grands enfants tout de même

Puisque la saison est aux paniers de Noël, je vous propose une petite sélection de bouquins et trucs sympas à offrir – nombreux sont ceux qui sont en rade de trouvailles, paumés paniqués entre deux allées de surface spécialisée. Et quand je dis offrir, je précise : à vous-mêmes (charité bien ordonnée…), à vos proches, à ceux que vous aimez et même à ceux que vous détestez… La période est par ailleurs souvent propice aux fréquentations fâcheuses : vous avez là une chance de faire de vos ennemis de moins grands ennemis, et de gens idiots des gens moins idiots – mais dites-moi, en fait, Noël, ça a du bon !
Rappel : mon site est sans publicité aucune, je ne travaille pour aucun de ces fournisseurs – éditeurs ou distributeurs – donc cette sélection est libre de toute promotion cachée. Du cher au moins cher, du plus exigeant au plaisant distrayant, entre tendances actuelles et classiques à la mode.

Littérature

A part les œuvres dont j’ai déjà parlé – je ne mentionnerai pas ceux qui ont fait l’objet d’articles (José Saramago, Julian Barnes, Annabel Lyon, Lyonel Trouillot, Jose Carlos Somoza…) –, ce sont ici des ouvrages sur lesquels je n’ai pu m’exprimer, et quand je l’ai fait, c’était dans la presse… Donc ce n’est pas faute d’intérêt envers eux ! A choisir selon les sensibilités que vous aurez à enchanter ou si vous voulez vous faire mousser un peu au passage :

Budget plutôt pas mal
(notez que démocratiquement, je ne proposerai pas de livres dépassant les 100 euros pièce ! Pour ça vous avez le Figaro Madame, Vogue ou les catalogues de type Bon Marché) :

On commence par l'essentiel

– En très haute priorité, les deux volumes en Pléiade de Milan Kundera. Ça ne peut pas nuire ! Dans les Pléiades, vous avez le choix… Shakespeare, Colette, Gide, etc. ! Nb. Autour de 60 euros le volume.

Les cahiers d’Ivry, d’Antonin ArtaudGallimard, en deux volumes. Une somme impressionnante sur ce poète complètement fou (au sens propre comme au figuré), tellement singulier, furieux et génial. Nb. +/- 35 euros le volume.

Les cahiers de vie, de Laurent Terzieff. Pour les nostalgiques, les amoureux de ce parcours exigeant, les amateurs de théâtre et de l’envers du décor : ces carnets tenus par l’immense comédien, dont certaines pages aux interrogations et références littéraires en font un écrivain à part entière. Ed. Gallimard (désolée, cette maison est sur-représentée pour une fois). 

• Budget honorable/standard

Personnellement je ne recommande pas de prix littéraires, d’abord c’est fastoche et ça fait vraiment genre « je me suis pas foulé » ou « j’y connais queud » (même s’il n’y a pas de mal !), et puis ou j’ai pas franchement apprécié les choix de cette année, ou je ne les ai pas lus ! (bon allez un seul, pour l’exception : Une femme fuyant l’annonce, de David Grossman, éd. Seuil, prix Médicis étranger. Fabuleux. Voilà, poursuivons.)

Herman Melville, Billy Budd, Bartleby et autres Moby Dick. Allez comprendre, c’est la résurrection de l’automne, mais c’est vachement bien.

Annie Ernaux, romans, en nouvelle collection Quarto/Gallimard. Auteur française de haute exigence et captivante par la sincérité de ses écrits.

Idéaliste, réaliste, fantaisiste : Higher SingerIsaac Bashevis Singer, Les aventures d’un idéaliste et autres nouvelles inédites. Bonheur de découvrir cette année ces récits de haute tenue chez cet auteur absolument fantastique, inspiré, intelligent et autres superlatifs que l’on peut accoler au nom d’un grand, immense écrivain. Aussi, La couronne de plumes et autres nouvelles, petite anthologie où figurent la fameuse Yentl, mais aussi l’éblouissant Blasphémateur, Semelé et son fantôme… A lire au coin du feu, à voix haute aux adultes comme aux enfants (selon les récits !). Merveilleux. Ed. Stock, Cosmopolite.

Mario Vargas Llosa, Le rêve du Celte, roman, Gallimard. L’histoire de Roger Casement et de ses engagements, du Congo belge jusqu’au Pérou de l’Amazonie. Caution Prix Nobel en plus (comme Singer ci-dessus), c’est du bon cru.

Leonardo Padura, L’homme qui aimait les chiens, roman, éd. Métailié. Parcours historique et géographique entre la Russie, Cuba, le Mexique et l’Europe, du début à la fin du XXe siècle, avec l’itinéraire de Ramon Mercader, l’assassin de Léon Trostsky – ça souffle, c’est enrichissant, et passionnant (à une ou deux phrases mal traduites près, si je pinaille).

• Budget poche

– Les collections Imaginaire et Poésie Gallimard, Cahiers rouges de Grasset possèdent des catalogues si riches qu’il m’est impossible de vous orienter. Mais ces livres de poche-là ont en général une « belle gueule ». Juste citer, au hasard de la mémoire, les poètes Michaux, Eluard, Neruda, Apollinaire (sa correspondance avec Lou par exemple, voilà qui est élégant).

Musique / Théâtre / Danse

– Des places à l’opéra ça fait toujours un effet bœuf (sur le toit). Une chance, la programmation parisienne est assez attrayante cette saison (Rigoletto/Verdi, Pélleas et Mélisande/Debussy sur livret de Maeterlinck, Don Giovanni/Mozart…). Avec les Ballets à Garnier, vous pourrez aussi garder ces idées pour la Saint-Valentin, tiens (mais pour réserver, anticipez !). Je signale aussi la programmation du sublime Théâtre du Châtelet, orientée broadway comedies. Ça marque les esprits, même si, vous avez raison, tout ça peut coûter un bras (soupir).

Lustre et beau monde au balcon, ici à la Comédie Française, salle Richelieu, Place Colette

– Au théâtre, la Comédie Française à Paris ou le CDN (Centre dramatique régional) de votre résidence sont des valeurs sûres et plutôt accessibles. Si vous n’y connaissez rrrrien, visez les classiques, mais veillez tout de même à vous renseigner un minimum sur la mise en scène – certains êtres sans vergogne sont prêts à réécrire Shakespeare et à détourner Molière pour en faire leur grand n’importe quoi, gardant juste le titre et le nom du dramaturge en « produit d’appel ». Brrrr. Si vous n’êtes pas audacieux, il y a toujours des comiques (Guy Bedos au Théâtre du Rond-Point, par exemple).

– Côté concerts, je ne connais pas les programmations (sauf Springsteen mais c’est pas pareil), mais pourquoi pas du classique tiens ? Si tant est que la personne en face de vous soit curieuse en la matière. Pour les néophytes, certains compositeurs sont plus accessibles que d’autres : Mozart bien sûr, Bach pour les esprits mystiques, Haydn, et, moins ancien, mon très cher Debussy ou encore Stravinsky. Voir Salle Pleyel à Paris par exemple, et ne pas négliger les concerts à Radio France à Paris et en église, souvent moins onéreux et de grande qualité.

CD/DVD musique

Alors là, ça dépend tellement des goûts que je ne peux que signaler deux trois albums récents de Tom Waits (cf.), Arcade Fire, Phoenix, Melody Gardot, ou encore la BOF de Drive. Pour ma part, ce sera sans Souchon ni Julien Clerc et encore moins Raphaël.

Cinéma

Scintillant, brillant et bien visible sur les tables : Smarty Marty

Bon, offrir des places (sauf une carte d’abonnement à la limite), c’est un peu cheap, hein. Alors cherchez les coffrets DVD. En classiques, la collection RKO est géniale. Les éditions MK2, Carlotta et Montparnasse proposent aussi des sélections de grande qualité, et puis vous ne manquerez pas de trouver des coffrets Capra, Lubitsch, Hitchcock, Mankiewicz… Foison de propositions de ce côté-là. Là comme ailleurs, tâchez de connaître un peu les goûts et évitez par exemple d’offrir Pulp Fiction à votre belle-mère (j’ai assisté à ça et même si c’est désopilant, je déconseille vivement).
Aussi, évidemment, il ne manque pas de beaux-livres (rhaaa cette passion pour les beaux-livres sur le cinéma) présentés pour l’occasion dans les bons rayons. Bel exemple : le Scorsese aux éd. Cahiers du Cinéma (vérifiez néanmoins la qualité du broché, j’ai subi certaines déconvenues avec ces éditions – et en cas de doute, choisissez alors le Scorsese de Patrick Brion/éd. Martinière, irréprochable).

Extras

– Le truc qui peut vachement plaire aussi, ce sont des abonnements presse. On m’a offert par exemple des abonnements au Monde, au Magazine Littéraire, à Elle et ma foi, c’est un cadeau bienvenu dans la boîte aux lettres qui dure un moment, et dont la réception éveille toujours une pensée souriante pour celui ou celle qui l’a offert !

– Aussi, selon la ville de résidence, et là je ne peux parler que de Paris, une carte d’abonnement de type Louvre Famille ou Amis du Louvre, Laissez-Passer à Pompidou ou Libre-Pass à la Cinémathèque : c’est assez la classe (évidemment, si la personne est au chômage, maladie assez répandue hélas, elle ne paie pas l’entrée dans les musées alors gaffe à l’ironie de l’inutile). En revanche, fuyez les coffrets cadeaux type Smart Box : de grosses galères de réservation encore et toujours vilipendées par mes amis de 60 Millions de Consommateurs !

– Aussi, last but not, selon les intérêts de vos coreligionnaires en festivités : pas mal de beaux-livres qui me paraissent particulièrement réussis (l’ennui, en ce qui me concerne, c’est que tout m’intéresse, imaginez ma fébrilité en cette période). Comme en photographie (Capa, Magnum…), fashion (La mode des années 20 en images, éd. Eyrolles, caution historique et chic assuré), histoire de Paris (Paris 1910-1940, éd. Chaudun).

Le poids des cadeaux, le choc des photos

Si avec tout ça vous êtes toujours perplexes et agités comme des sapins exposés en plein vent, et bien je ne peux que vous dire ceci : pensez à ce que vous savez des personnes que vous souhaitez gâter, leurs goûts, leur sensibilité, et n’hésitez pas, à partir de là, à chercher les correspondances possibles et à proposer ce qu’elles pourraient aimer (gardez le ticket, on sait jamais). Puis demandez conseil aussi aux pros que sont les bons libraires ! Il paraît, selon un sondage récent, que les Français veulent des livres cette année…

Ps. Eh non, pas de littérature enfantine (comme je ne suis pas plus concernée que ça je suis à la ramasse sur ce segment-là, hors quelques références que vous connaissez sans doute déjà).
Pps. Cause intense préparation de rentrée littéraire de janvier, ceci est une sélection rapidement établie, forcément non-exhaustive, forcément subjective. Gentils et attentifs lecteurs, je sais que vous ne m’en voudrez pas de ne pas vous procurer, exceptionnellement, toutes les infos pages/prix/adresses web…

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6 Réponses to “Anticrise (de panique) : quelques idées de Noël culturel”

  1. Dellart décembre 4, 2011 à 11 h 27 min #

    Et bien, mine de rien, pas mal de bonnes idées dans ce papier !
    Kundera ou Scorcese, c’est (presque) classique, mais on ne risque pas la faute de goût, toujours de bons souvenirs en forme de madeleine. (Bon, très drôle aussi l’histoire de Pulp Fiction et de la Belle Mère, mais attention, certains aussi s’essaient au second degres, et ce peut être du « fait exprès »…)
    De mon côté, je note l’idée de l’abonnement, bonne idée qui en plus dure dans le temps (dans cette période de l’éphémère) et le pass musée qui peut servir à la famille, c’est bien aussi.
    Sinon, pour une belle soeur, tu penses qu’avec « Une femme fuyant l’annonce », il n’y a pas de message qui peut être mal interpreté ?

    • mademoiselledupetitbois décembre 4, 2011 à 17 h 05 min #

      eh bien ça dépend de la vie de la belle-soeur en question, mais je ne vois pas de raison !

  2. stelda décembre 4, 2011 à 13 h 52 min #

    La carte d’abonnement type pass, c’est une super idée! Je n’ai jamais entendu parler de Singer, à te lire, je le regrette. Et vais tenter de combler cette lacune. Bonne semaine!

    • mademoiselledupetitbois décembre 4, 2011 à 17 h 07 min #

      Toujours ravie d’ouvrir une porte littéraire ! :-) Je peux te garantir que tu ne le regretteras pas – vise le recueil « La couronne de plumes » pour commencer : il y a de la matière, tu peux passer d’une nouvelle à une autre, plus ou moins longue, d’une atmosphère à une autre (un village ou New York), avec toujours une forme de magie, et un bonheur égal !

  3. Fanny décembre 6, 2011 à 22 h 35 min #

    Géniale ta liste, et surtout ultra complète ! J’ai très très très très envie de voir Pélleas et Mélisande, faut que je me renseigne pour me l’offrir (oui, à mois même, pourquoi ? :-) et sinon, je te rejoins sur la programmation du théâtre du Châtelet, et pour les moins de 28 ans ça ne coûte pas un bras car en arrivant 20 min / 30 min avant le début de la représentation, on a des tarifs réduits en catégorie 1 ou 2 ! C’est comme ça que j’ai vu les ballets de l’été pour 15 euros, les Misérables et Sweeney Todd pour 20 euros… le pied !!! bon je suis d’accord c’est d’autant plus dur après de passer la barre des 28…

    • mademoiselledupetitbois décembre 6, 2011 à 23 h 32 min #

      Merci ! Rha la la moi qui ai passé la barre des 28 depuis un moment c’est les boules (de Noël donc) ce que tu me dis là ! (t’inquiète hein je le vis bien… et je vais passer l’info car j’ai une nièce à briefer fissa ! (et puis elle lit ici donc…) Et oui, sinon, Pelleas et Mélisandre : j’en rêve depuis longtemps donc je n’ai plus qu’à trouver un bon plan… pour les plus de 30 ans donc ;-) Vive les cadeaux pour soi-même !!!

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