La rentrée des séries télé : asseyez-vous, aujourd’hui c’est rattrapage

5 Oct

Mon quartier télé préféré, sis à la Nouvelle-Orléans…

En ce mois d’octobre débarquent les nouvelles saisons de DexterDesperate HousewivesHouse, alors que Weeds a déjà repris (en juillet), ainsi que Breaking bad ou Nurse Jackie… Et ces trois-là achèvent leurs saisons donc ces jours-ci. Pour United States of Tara, avec la géniale Toni Colette, c’est en revanche curieusement fini, bouclé. Côté Mad Men, va falloir attendre jusqu’au printemps prochain. C’est que je m’y connais pas mal maintenant sur ce rayon-là. L’an dernier, alors qu’alitée malade mon cerveau se refusait à la moindre ligne dactylographiée, je n’ai eu comme recours contre le temps douloureux que les séries télé. Et je ne l’ai pas regretté : de ces visionnages intempestifs, j’ai gardé quelques beaux moments et des découvertes de grande qualité. J’en ai lâché aussi pas mal, fort heureusement. Voici les actus sur celles auxquelles je demeure, pour le pire ou le meilleur, attachée… et une cession de rattrapage.

– Pour les addicts à l’hémoglobine (dont je ne suis pas) : au vu du premier épisode, la 6e saison de Dexter (production Showtime à partir des polars écrits par Jeff Lindsayréserve ses litrons de suspense macabre, où fonctionne toujours l’empathie parfaitement contradictoire qu’on éprouve pour ce personnage de serial killer. Il arrive qu’on aime des fumiers hélas, mais apprécier un tueur en série… Cette fois, la concurrence mortelle qui se présente est, ô miracle blasphématoire, touchée par la grâce de Dieu. Baignez donc dans ces troublantes eaux rouge et noir, comme celles où le brave gars balance ses cadavres de victimes coupables. Ça dévide et ça dépote. A éviter toutefois avant de se coucher (j’ai commis cette erreur-là).

Les Housewives sont exsangues, mais chez Dexter, ça baigne toujours autant.

– Pour les visiteurs de Wisteria Lane (quartier qui m’exaspère depuis la saison 6, épisode 11 même pour être précise, disgrâce de la série) : Desperate Housewives revient pour le Finale. La dernière saison à peine commencée est déjà essoufflée, pour ne pas dire boursouflée comme les seins de Michelle Williams et les liftings de Teri Hatcher. La petite Longoria y joue comme ses pieds pédicurés ; seules subsistent, mais difficilement, les deux grandes actrices que sont la blonde Felicity Huffman et la rousse Marcia Cross. Côté scénario, on prend les mêmes et on recommence : lettre anonyme, gros secrets, et ressorts comiques frelatés. Passez donc votre chemin, à moins que comme moi, puisque vous êtes arrivés jusque là, vous ne vouliez assister au combat de boue terminal.

– Pour les amateurs de pathologies diverses et variées, House est toujours aussi acariâtre, mais dans ce début de saison 8 il a trouvé à qui parler : un chœur de malabars dans une taule bleutée. Pas grand chose à en dire, sinon que même là, le doc trouve encore des occasions de se creuser le ciboulot pour poser un diagnostic. Névrotique, toujours, clopin-clopant, tout le temps.

Dur métier que le NYPD

– Pour ceux qui aiment découvrir de petits nouveaux, il y a Prime Suspect. Parce que c’est la grande Maria Bello (souvenez-vous, in A history of violence de Cronenberg par exemple…) qui mène les enquêtes. La flic a ceci d’intéressant qu’elle est confrontée à une squad de big boys particulièrement hostiles au sein de la NYPD. Et pourtant elle est balèze, la fille. On y retrouve aussi le chouette Aidan Quinn et une petite brochette de tronches familières sur petit écran. Personnages, intrigues, ambiance : c’est bien fichu. Pourvu que ça dure, et merci à Benny, le pro qui me l’a fait connaître.

Maintenant je vais parler de ces séries que j’adooooore… Elles sont disponibles en streaming, VOST ou VO tout court car les derniers épisodes ne sont pas encore diffusés en France [c’est là l’un de mes  meilleurs prétextes anti-mauvaise conscience : au moins je travaille ma compré anglaise. Pis suis capable de vous balancer entre autres formules des scumbag, douche’, holy f***ing shit et autant de jurons en import from USA]

Funkin’ it up in the Treme

D’abord, la fantastique, géniale, et autres superlatifs sans fin que m’inspire Treme. David Simon, excellent créateur de The f***ing great Wire*, est passé de Baltimore à la Nouvelle-Orléans post-ravages de Katrina. Treme est le quartier où vivent les musiciens de la ville, embourbés dans la vie dévastée par l’ouragan en 2005. Chronique sociale, intrigues issues des débordements policiers et criminels provoqués par le marasme climatique et économique : chaque épisode permet de mieux saisir les conséquences de cet événement qui a choqué la rétine à l’époque, sans susciter néanmoins l’appréhension complète des désastres qu’il a provoqués. C’est édifiant, et passionnant, notamment parce que c’est porté par la musique, diablement bien conçue et dirigée : les scénaristes et producteurs ont eu à cœur de partager le répertoire blues, brass, jazz, funk, folk & country aussi de la cité, et ses vrais musiciens/habitants. Regardez cette intro du premier épisode…

… Si ça, ça cartonne pas ! Dans ce quartier-là, ah oui, je squatte. Autre chose que Wisteria Lane. La musique est donc superbe, ça groove ou ça touche à chaque épisode. Les comédiens sont aussi fantastiques : tous incarnent des personnages, centraux ou secondaires, représentant cette communauté-société aux prises avec le chaos, la débrouille, et la vie sensée continuer. Il y a cette actrice d’une très grande justesse, Melissa Leo, et puis l’extraordinaire, le sensationnel John Goodman. Vous le connaissez tous, par exemple dans le rôle de l’hilarant Walter, ce cinglé vétéran qui jure tout ce qu’il sait aux côtés du Big Lebowski (« I’m gonna show you what happens when you f*** a stranger in the ass! » Cul-te). Dans Treme, il incarne Cray Bernette, ce prof indigné et vulnérable qui lutte comme il peut contre les infamies du corpus politique américain, si peu disposé à sauver la ville des eaux. Mais on pourrait aussi citer DJ Davis, Big Chief Lambreaux, Antoine Baptiste… Toute une ville, toute une culture s’y trouvent, du Mardi-Gras aux Second Lines en passant par la cuisine cajun, sans jamais verser dans le cliché. Et, last but not, la série permet de secouer les consciences et de faire avancer les choses outre-Atlantique. Bref, c’est très, très, très au-dessus du niveau de la mer des productions télé américaines.

Deux saisons sont disponibles, notamment diffusées sur le câble (bouquet Orange je crois), la troisième est en prod chez HBO, prévue en 2012. Je l’attends de pied ferme.

Breaking bad is so good

Big Bryan Cranston, aka Walt, aka Heisenberg

L’autre série qui me maintient encore collée à mon écran pour une petite heure chaque lundi (l’épisode sort aux Etats-Unis le dimanche soir, donc disponible sur la toile le lendemain) s’appelle Breaking Bad. Ici, pas franchement de contexte socio-macro-économique, encore que…

Walter White est un pauv’ prof de chimie dans un lycée d’Albuquerque/Nouveau-Mexique. Il vit chichement avec sa femme, son fils handicapé et sa fille à naître, quand il apprend qu’un cancer les condamne, lui à une mort certaine, sa famille à une misère presque aussi certaine. Comme c’est un chimiste mésestimé, il se lance dans la fabrication de méthamphétamine, la blue meth’, plus connue sous le nom de Chrystal. C’est Chrystal clear (clair comme de l’eau de roche quoi) : il plonge dans le crime, s’appelle désormais Heisenberg, et se fait aider par son ex-mauvais élève et bras-cassé Jesse Pinkman. Les deux pieds nickelés du rail ne sont pas, vous pensez bien, de prime abord armés pour affronter la pègre mexicano-locale. Ajoutez à cela que le beau-frère de Walt est l’agent-star de la DEA – Drugs Enforcement Administration, les stups – ils sont mal barrés. C’est d’abord trash, comique, navrant et ça devient bluffant : en particulier pour les prestations des acteurs Bryan Cranston et Aaron Paul.

En matière de galères, ces deux gars se posent là.

Où comment, et ça c’est un ressort que l’on connaît bien, « devenir méchant ou mauvais », enfreindre la loi, est un aller le plus souvent sans retour. On sait que ça craint, et du coup on se demande à chaque épisode, en paraphrasant Géronte chez Molière, « comment diable vont-ils se sortir de cette galère ? » Scénario efficace, inventif, et direction artistique sont là aussi au-dessus du lot – l’ensemble est même bien meilleur que nombre de narcoticants navets ciné. Addictif donc.

La saison 4 est en cours de diffusion sur AMC (même prod que Mad Men, chaîne concurrente en qualité de HBO), en France vous la trouverez sur Arte.

Vous voilà avec une série de devoirs-voir (must see, en fait ça marche pas en traduction littérale, sorry) en petit écran, streaming, dvd… Fictions aisément accessibles s’il en est. D’aucuns se répandent en analyses plus ou moins élaborées sur cette nouvelle vague télé (voir Télérama), la récurrence, le nouveau mode de narration… D’autres méprisent le genre comme si on en était encore aux Dynastie… Je préfère penser, car c’est le cas pour moi, qu’un medium n’exclue pas les autres, et qu’en matière d’histoires bien racontées, quand il y a qualité et originalité, si la photo est bonne : j’achète !

– Treme, de David Simon et Eric Overmyer, avec John Goodman, Wendel Pierce, Rob Brown, Melissa Leo, David Morse… Deux saisons disponibles en DVD, et la BO en CD (ça déchire grave sa mère, j’insiste).

– Breaking Bad, de Vince Gilligan, avec Bryan Cranston, Aaron Paul, Anna Gunn, Dean Norris… Quatre saisons, trois premières disponibles en DVD.

* The Wire (Sur Ecoute) est aussi à voir en cessions de rattrapage ! Ici, c’est bienvenue chez les cops de Baltimore. Il paraît que David Simon a écrit un roman épatant avant ces travaux télévisuels : The Corner. Pour en savoir plus : ça se passe chez Benny.

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  1. Blue mondays ? Mais non… Suivez donc cet homme « Mademoiselle du Petit Bois - février 4, 2012

    […] Jarmush. Ce n’est pas ma série préférée (j’ai déjà parlé de mes héros favoris ici), mais c’est léger, et […]

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