Portes ouvertes (France – Espagne – Asie)

28 Sep

Je l’ai ajoutée à mon trousseau de phrases-clés. Cet été dans les rues de Madrid (comme ça semble loin !), en me promenant nez en l’air avec mon bien-aimé cousin espagnol, mon regard s’est arrêté sur cette phrase :

Littéralement, « Nous ouvrons vos portes ».
Mais aussi, pour moi :

« Des portes s’ouvrent »

Saisie, il m’a fallu interrompre cavalièrement le récit des amours difficiles de mon germain et lui dire « Mira… » Regarde… Ce qui n’était qu’une banale réclame de serrurerie m’est apparu non pas comme un message de l’au-delà (faut pas pousser) mais comme un petit signe favorable – que je m’adressai certainement à moi-même. Et il n’a pas fallu longtemps pour que ces trois mots, passés sous la rétine de n’importe quel Espagnol quelque millions de fois, deviennent, au fil des conversations sur la vie, ses hasards, ses peines et ses gaietés, un leitmotiv-comique de répétition. En fait, la formule convient à nombre de situations… Loi de proximité, je me suis aperçu depuis que cette histoire de portes qui s’ouvrent est très répandue dans les arts. J’enfonce là des portes ouvertes ? Bah oui. Mais au moins sont-elles belles. En voici deux, comme ça ça fait une porte-fenêtre, à laquelle j’ajoute une grande et lumineuse lucarne.

D’abord celle-ci, car dans ces conversations madrilènes, nous avons passé une bonne heure à échanger nos impressions sur les films de Kurosawa Akira. En cherchant pour mon interlocuteur un extrait de mon favori, Le château de l’Araignée (version hallucinée de Mac Beth), le début m’a, forcément, frappé :

Ça cogne… Halluciné disais-je, et hallucinant : l’incroyable photographie NB, l’adaptation de Shakespeare et la narration, les choix de mise en scène, les décors. Et, sommet artistique, l’immense Toshiro Mifune. Je ne saurais trop recommander la filmographie du tandem Akira/Mifune, comme bien évidemment Les sept samouraï, Yojimbo (vous connaissez certainement le remake Pour une poignée de dollars avec Clint) ou encore Barberousse. La liste est longue, je referme cette porte-là, à vous de l’ouvrir.

Ensuite, compulsant une livraison peu emballante de la rentrée littéraire, mon regard (encore lui) s’est arrêté net sur ces trois lignes :

On connaît le monde sans pousser la porte.

On voit les chemins du ciel sans regarder par la fenêtre.

Plus on voit loin, moins on apprend.

Ah tiens. (Tintin était aussi grand voyageur)

Mais c’est que ça serait a contrario, dites donc ?! Et c’est Lao-Tseu, qualifié dans ce livre de « fondateur du voyage intérieur moderne »*, qui le dit. Ne m’en demandez pas plus sur le vieux maître chinois, tout ce que je sais c’est qu’il est à l’origine du taoïsme. Yin & yang, alors ? Il faudra un jour que je me penche un peu sur cette philosophie-là. Cependant, comme ça, d’emblée, sur ces trois lignes je suis partagée : il y a un savoir inné, ou une sagesse que l’on acquiert de l’intérieur – ces chemins du ciel, certes. Mais plus on voit loin moins on apprend… A moins de céder à la confusion : pas d’accord. Car on apprend tant sur soi en voyant loin, en voyant autre chose que midi à sa… porte, même si on oublie, même si le monde se fait plus grand et soi-même plus petit, et qu’on en sait, somme toute, si peu. Mais enfin, peut-être que le sens ici m’échappe ; pour m’éclairer il me faudrait en parler avec un initié. J’en sais bien un quelque part (l’Olympe), mais je ne crois pas qu’il soit bien disposé et paf, la porte au nez.

(Thèse/antithèse/synthèse…) Voilà quelqu’un qui ne s’est pas contenté du voyage intérieur. Grand voyageur, baroudeur, aventurier, l’immense poète Blaise Cendrars m’a offert une magnifique célébration du 14-Juillet… à Madrid.

Voie ferrée faramineuse : Cendrars/Delaunay

Sous une brillante lune presque pleine je devisai à la première heure du jour (passé minuit, donc) avec l’ami Pablo, architecte-guide passionnant, à propos de la pierre grise de la ville (le granit officiel). Avec force vino tinto je lui faisais part de mon affection envers le jaune parisien. Puis je gagnai, le 14 au matin à nouveau avec mon cher cousin, le museo Reina Sofia, géniale concentration de l’art moderne dans la capitale espagnole. Et là, naviguant à travers ce pavillon qui me réveille et me fait décoller de jubilation (Picabia, Ernst, Gris…),

La rencontre.

Dans cette sublime Prose du Transsibérien et de la petite Jehanne de France, illustrée de luxe par Sonia Delaunay dans l’édition « Aux hommes nouveaux » (1913), mon pertinent organe visuel

se pose sur…

« Et cette nuit est pareille à cent mille autres quand un train file dans la nuit
– Les comètes tombent –
Et que l’homme et la femme, même jeunes, s’amusent à faire l’amour.

Ô Paris
Grand foyer chaleureux avec les tisons entrecroisés de tes rues
et tes vieilles maisons qui se penchent au-dessus et se réchauffent
Comme des aïeules
Et voici des affiches, du rouge du vert multicolores comme mon passé bref du jaune
Jaune la fière couleur des romans de la France à l’étranger. »

Ô Poète… Merci d’avoir éclairé la fête nationale avec cet hymne au voyage, aux rencontres, à l’étranger qui chemin faisant donnent à la ville aimée entre toutes, sa véritable couleur-foyer teintée de littérature. Maisons, rues, portes, fenêtres, monde : visons l’ouverture !

– Blaise Cendrars, poète du mouvement perpétuel : La prose du Transsibérien et de la petite Jehanne de France, in « Partir » (poèmes, romans, nouvelles, mémoires), collection Quarto, env. 29 euros, ou édition de poche séparée poésie, tous deux Gallimard.

– Musée d’art moderne Reina Sofia, Ronda de Atocha, Madrid. Aperçu des collections Ici.

– Akira Kurosawa, collection Les Introuvables Fnac, ou le luxueux coffret Intégrale MK2 Editions (250 euros env., z’avez intérêt à découvrir et à aimer avant…), puis d’autres éditions en DVD. Je recommande aussi les diffusions au cinéma (cycles réguliers) : voyage garanti.

– Hergé, Tintin et le Lotus bleu, éd. Casterman, env. 10 euros.

– Concernant Lao Tseu, il va donc falloir que je cherche… Vous aussi ?

* Sur l’Asie, la méditation d’inspiration bouddhiste et le voyage intérieur, je renvoie à l’exposition autour du Livre rouge de Carl Gustav Jung, dont l’histoire – contenu et contenant – semble édifiante. Musée Guimet jusqu’au 7 novembre. (Je ne l’ai pas encore vue : je vous en dirai des nouvelles alors, ou donnez-m’en en attendant.)

Ps. Il semblerait que WordPress – ou moi ! – ayons cafouillé et que ce post ait été expédié avant terme aux abonnés, désolée pour le désagrément.

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