My name is A. et je suis en retard

19 Août

"Le papier, nuit blanche. Et les plages désertes des yeux du rêveur. Le cœur tremble." disait Eluard.

Mes amis quelle confusion, quelle confusion ! Je sors de mon petit bois estival car je me rends compte que j’ai négligé et des êtres, et des priorités. Et cela m’inspire comme toujours quelque mise au point, et des partages. Diderot à la rescousse ! Je préviens à l’avance : ceci va être (dans) le désordre – mais avec les idées claires j’espère.

Figurez-vous que mon agenda déjà bien bancal en général vient d’être sérieusement basculé. La faute à l’invraisemblable beauté de deux yeux bleus légèrement inquisiteurs. Et comme j’ai un faible invraisemblable pour les yeux bleus qui recèlent qui plus est une invraisemblable intelligence : forcément « je tangue je chavire » comme dirait Barbara.

Evidemment, pas facile dans ces conditions de garder l’œil rivé sur les pages de la rentrée. Alors mon esprit dérive sur autant de considérations et d’idées qu’il y a de baigneurs sur une plage en été.

Par exemple ce détail : sur ma route pour un délicieux dîner hier soir, mon œil (encore lui, tiens du coup je vais le mettre en illus’) mon œil donc s’arrête devant des cartes postales à « message », ces citations pas trop mal choisies qui se vendent bien en librairie.

J’ai choisi celle-ci : « Il ne faut compter que sur soi-même. Et encore, pas toujours. »

Dixit Tristan Bernard. C’est là l’une de ces réalités qui, quand bien même je voudrais m’y opposer, m’est tellement chevillée au corps qu’elle me coupe les jambes. Une fois encore, mon instinct ne faillit pas pour me rappeler ce qui me préoccupe essentiellement. Fort à propos.

Mon beau, mon très cher Denis Diderot.

Parlant instinct, dans une discussion enlevée lors de ce toujours délicieux dîner d’hier soir, j’ai été infichue de me rappeler les mots exacts de l’ami Diderot dans son Paradoxe sur le comédien, sur la notion disons de « mauvais instincts » dans une équipe artistique. Je cherchais les mots exacts, parce que l’idée est exacte. La voici donc, en recommandant hautement  la lecture entière de ce petit ouvrage à tous les fous ou inconscients, enthousiastes malheureux et/ou idéalistes, et à tous ceux qui rêvent de briller sur les planche(r)s… Lecture salutaire pour les pieds de tout comédien, tout artiste en quête de vanité et de célébrité (carriériste on dit je crois, ou un mot dans le genre… ? Ici mon œil cligne).

Donc, sur les acteurs et le monde du théâtre :

« Entre toutes les associations, il n’y en a peut-être aucune où l’intérêt commun de tous et celui du public soient plus constamment et plus évidemment sacrifiés à de misérables petites prétentions. L’envie est encore pire entre eux qu’entre les auteurs ; c’est beaucoup dire, mais cela est vrai. »

Soupir approbateur, bravo mon très cher Diderot.

Et de là, constater encore l’idée même que j’ai brièvement tenté de dire hier sur les bienfaits de la parole, de l’écriture, du partage, de l’échange :

La parole sauve, qu’on la prenne, qu’on la reçoive, ou qu’on la donne.

La parole, dans un livre, dans une œuvre, change celui ou celle qui la reçoit, ou qui l’exprime. La parole, dans un livre, dans une œuvre, change donc le monde. Elle est l’une des armes redoutables contre tous ces dragons intérieurs qu’il faut combattre et abattre pour gagner peu à peu une terre de libertés*. Parce qu’elle implique la compréhension, du moins une tentative de compréhension. Et si, pour ma part, vulnérable je suis cernée de dragons encore et toujours, encore et toujours je lèverai mon vaillant petit stylo, j’élèverai ma voix, ou même (car les dragons se déguisent parfois) je lèverai mon verre ou encore le camp (la retraite est stratégique parfois). Pour comprendre, et donc changer mon monde.

Mais je suis en retard. La faute à tous ces dragons, à ces yeux bleus, à ces gens qui débarquent eux aussi en retard dans la vie, à mon étonnante capacité à créer le chaos avec une allumette. Or, le retard n’a rien de glamour je trouve.

Alors là je cours. Mais ferai en sorte de ne plus négliger ni les êtres, ni les priorités, ni… les yeux bleus. Pour finir sur cette blue note : deux jolies chansons, rengaines avec lesquelles – contradiction/contre l’addiction – « je vais je viens je tourne je me traîne ». Tiens… ces gars-là aussi ont les yeux bleus.

– Paradoxe sur le comédien, de Denis Diderot, en poche disponible partout.

– Pierre Lapointe, sensible et prometteur chanteur canadien, dans les bons bacs.

– Richard Hawley, renversant géant britannique, dans les bons bacs pareil.

(*Ps. Relire l’une des lettres à un jeune poète de Rilke à ce sujet.)

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4 Réponses to “My name is A. et je suis en retard”

  1. MINOTOR août 19, 2011 à 16 h 41 min #

    Encore ce fameux madrilène (déjà évoqué et avec insistance les 17 et 20 septembre) je présume … ??

  2. mademoiselledupetitbois août 19, 2011 à 18 h 29 min #

    Nop Sir: je suis très Européenne, et comme disent les English: « I must have a continental mind ». Alors… Et puis, Madrid est loin, tout de même.

  3. occhiazzurri août 20, 2011 à 9 h 55 min #

    Blue attracts green and green attracts blue. Invraisemblable mais vrai…

Trackbacks/Pingbacks

  1. Le monde est un théâtre… Marie Tudor et Cravate Club « Mademoiselle du Petit Bois - octobre 21, 2011

    […] Sur cette corporation artistique, voir les propos de Diderot. Partagez :PrintE-mailFacebookTwitterDiggLinkedIn"Aimer" ceci […]

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