Le panthéon cinéphile # 3 : Maître Kubrick et ses miroirs

25 Mar

Stanley & Jack, "shining"

Qui a dit que Dieu était dans les détails ? Pas idée, mais si par le mot dieu on entend perfection artistique, je suis bien d’accord. Et s’il n’y avait qu’un seul pratiquant dans la chapelle cinéma, ce serait Stanley Kubrick.

Je sors de la superbe expo à la Cinémathèque française (voilà, c’est dit, j’ai adoré), et c’est un voyage – je dirais bien une odyssée si ce n’était fastoche – dans les obsessions et la quête du créateur. C’est toujours fascinant de découvrir l’autre côté du miroir chez les artistes, et ici on est servi : les caméras de 2001 et l’ingénieux procédé avec miroir et diapositives, les notes, les extraits de scénario, les recherches de décors, les photos de tournage… Et puis pour les fétichistes comme moi il y a aussi de quoi faire : the vrai casque « Born to Kill » de Full Metal Jacket, les haches utilisées dans Shining… Brrr.

L’ensemble bien agencé donne vraiment envie de voir ou de revoir les films que l’on avait oubliés dans la filmographie du réalisateur : Les sentiers de la gloire (Paths of glory), Spartacus (la seule « commande » qu’il ait réalisée), Dr Strangelove, Fear and Desire… Avec cet intérêt supplémentaire, info que j’aurai glanée aujourd’hui : tous les scénarios ont été adaptés de livres, soit par ses soins, soit par l’écrivain lui-même. C’est le cas de Lolita, écrit directement par l’autre maître, Vladimir Nabokov, avec le magistral James Mason et la petite Sue Lyon dont la carrière hélas tourna court.

Sur le tournage de Dr Strangelove avec Peter Sellers, même le photographe Weegee était de la party

Seule petite déception : la partie consacrée à Barry Lyndon. C’est le film que je préfère chez Kubrick, par l’histoire elle-même, par la direction artistique, par les acteurs, par la musique… Par l’ensemble quoi. Peut-être est-ce ma fascination qui a suscité le désappointement, mais tout de même, la salle consacrée à ce film est assez pauvre si on la compare au luxe déployé autour de 2001 ou de Shining. On peut certes y voir l’objectif de la Nasa transformé à la demande de Kubrick pour obtenir les magnifiques images dont la lumière était (quasi) exclusivement obtenue à la bougie, mais bon : c’est un chouille décevant.

Alors je propose un extrait avec cette musique de Schubert, le trio pour piano Opus 100, qui pour la petite histoire est le seul anachronisme que Kubrick s’est permis : le musicien a écrit cette partition entre 1814 et 1828, alors que l’histoire se déroule à la fin du XVIIIe siècle – le sens des détails, disais-je…

Pour le reste, si on ajoute les extraits vidéo soigneusement choisis et les interviews de protagonistes ou de cinéastes admiratifs, c’est vraiment une visite à ne pas louper. Aussi parce que ça met en lumière, au-delà de l’autre côté du miroir, l’interrogation qui parcourt toute l’œuvre du cinéaste : « l’homme est-il fondamentalement bon ? » Kubrick se garde bien d’y répondre et c’est là son génie. Il nous tend simplement un miroir – ce miroir dans lequel nous nous reflétons tous, que cela nous plaise ou non.

– Exposition & rétrospective Stanley Kubrick à la Cinémathèque française, Paris Bercy (12e arr.) jusqu’au 31 juillet.

Entrée 10 E plein tarif, séances sur le site http://www.cinematheque.fr/

– Tous les films en DVD et autant de livres, dont le superbe The Stanley Kubrick Archives aux éditions Taschen

– Bande originale du film Barry Lyndon (1975), avec aussi le célèbre Sarabande, de Haendel (éd. Warner Bros)

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2 Réponses to “Le panthéon cinéphile # 3 : Maître Kubrick et ses miroirs”

  1. Un Oeil août 4, 2011 à 12 h 54 min #

    J’ai vu cette exposition in extremis (le 31 juillet) : j’ai apprécié à l’exception du point que je détaille dans ce billet, si ça vous intéresse : http://unoeil.wordpress.com/2011/08/01/kubrick-l%e2%80%99antimilitariste/
    Pour compléter votre point sur le fait que les scénarios de Kubrick sont des adaptations, Kubrick n’a également jamais (ou très peu) utilisé de musique originale (composée spécialement pour ses films). Il pensait que c’était une dépense inutile et que l’histoire de la musique, contenait déjà une palette suffisante d’émotions et d’ambiances pour ne pas avoir à en recréer… Peut-être pensait-il la même chose de la création originale de scénarios ?

    • mademoiselledupetitbois août 7, 2011 à 12 h 15 min #

      Bel article que le vôtre, très juste ! Pour la musique oui, il l’expliquait très bien à Michel Ciment dans ses entretiens (publiés dans une nouvelle édition très récemment). Je ne suis pas sûre du tout qu’il raisonnait de même pour les scénarios, mais je suis sûre qu’il était animé par l’envie de partager au cinéma ses enthousiasmes de lecteur (il lisait comme un chercheur cherche la vérité : assidûment).

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