Virginia Woolf, les fleurs et les photos hongroises

24 Oct

Un jour à Paris. Il pleut, comme souvent à Londres. Cheville facile, mais voilà un premier pas vers cette Mrs Dalloway*, qui n’est jamais celle qu’on croit. A Paris au Jeu de Paume*, il y a en ce moment une superbe expo du photographe hongrois puis franco-newyorkais, le grand André Kertesz. Lui aussi refusait d’être « monopersonae » (ici mot hasardeux). Jamais, aux séries de photos qui s’enchaînent, il ne se montre Un, « unique ». Il est Multiple, comme cette chère Clarissa Dalloway, comme cette chère Virginia Woolf.

Entre les lignes la fleur

De ses jeunes années hongroises aux années 20 et 30 parisiennes, Kertesz acquiert la technique, agrandit et aiguise son regard sur les choses, petites ou grandes, qui suscitent chez lui l’émotion. Des lignes pures, comme vues chez son ami le peintre Mondrian, ou ces visions de femmes distordues qui lui vaudra l’intérêt des surréalistes. Mais il ne veut pas d’étiquettes, ne veut pas appartenir ou faire partie d’une école. Il poursuit son chemin. Et c’est à New York qu’il s’installe enfin, juste avant la seconde Guerre mondiale.

Sa contemporaine anglaise Virginia Woolf, elle, aura son groupe de Bloomsbury in London. Mais son chemin d’écriture est libre. Elle distord, elle aussi. Le temps, l’espace, les personnages. Des visions aussi personnelles qu’hallucinées parcourent les Heures londoniennes (The Hours, premier titre de Mrs Dalloway). Soit la société par le prisme de la conscience de soi, de la maladie (mentale) et du temps qui passe. Disons plus prosaïquement, le sens de la vie.

Du noir et blanc que nous portons sur leur époque, l’écrivain et le photographe ont tiré les couleurs de cette vie traversée par le doute et la solitude. Il y a ce beau samedi de juin chez Virginia Woolf, et les fleurs, les roses, une robe verte, une lettre bleue. Il y a ce beau nuage blanc sous le ciel lumineux de New York chez André Kertesz, et le souvenir émouvant de son épouse. Doubles multiples, ce qu’ils fixent sur la page ou le négatif s’imprime durablement dans l’esprit.

made in London

Aucun de ces artistes ne saurait être résumé par l’une de ses œuvres. De même qu’aucun de nous n’accepterait d’être réduit à une image fixe, à ce visage social qu’on arbore en passant la porte de chez soi. Mais chacun de ces artistes offre sa part de monde, sa diversité intérieure. Il modifie la nôtre. D’un coup, en ce samedi d’octobre, j’ai eu envie d’acheter des fleurs, de prolonger la beauté. Car au final il s’agit bien de ça, de beauté. Même si la mélancolie rôde. Même s’il pleut.

* Mrs Dalloway, de Virginia Woolf, Folio poche, 358 p., env. 5 E.

* Exposition André Kertesz au Jeu de Paume, jusqu’au 6 février 2011, 1 place de la Concorde, Paris 8e (métro Concorde), Tarifs 7 E, 5 E réduit. Fermé le lundi.

http://www.jeudepaume.org/index.php?page=article&idArt=1187&lieu=1

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  1. Femmes d’images, images de femmes : Diane Arbus et Gisèle Freund « Mademoiselle du Petit Bois - octobre 26, 2011

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