De l’homme et de sa poésie : André Sarcq

27 Sep

C’est vrai, j’avoue, je connais le bonhomme. Mais au début je ne le connaissais pas (sic). André Sarcq est venu à ma rencontre il y a cinq ans, par le théâtre. Il figure, depuis, en bonne et grande place dans mes amitiés-auxquelles-je-tiens-tant.

On peut être un grand écrivain et un homme médiocre, et j’en ai rencontré quelques-uns, des médiocres (c’est un thème sur lequel je reviendrai). André, lui, est un grand auteur, et un bonhomme extra-ordinaire – avec un tiret, oui oui. Il écrit comme il est, d’une façon tout aussi extra-ordinaire. A chaque fois que j’ai la chance de passer un moment en sa compagnie, je pars sur des chemins lumineux, j’apprends, je prends ses conseils de lecture au sérieux, je rigole, beaucoup. Se balader avec lui sur la Butte Montmartre, c’est quelque chose. André ne se prend pas au sérieux, et je crois bien qu’il ne prend pas le monde au sérieux, non plus. Il est poète, et aime à citer d’autres poètes que lui bien sûr. Je lui dois de mieux connaître René Char, le géant dont il connaît l’œuvre pour ainsi dire par cœur.

C’est André qui en le citant m’a enseigné ceci :

« Impose ta chance, serre ton bonheur, et va vers ton risque. A te regarder ils s’habitueront. »*

J’ai tendance à l’oublier, cette parole merveilleuse. Merveilleux André. Et c’est pas parce que je le connais (avant je ne le connaissais pas, disais-je). D’ailleurs, comme je le connais je me sens, de même qu’avec mes amitiés-auxquelles-je-tiens-tant, le devoir d’être honnête (et exigeante parfois, c’est vrai). Voici ce que j’écrivais l’an dernier sur ce recueil, le superbe Carnet d’exténuation* :

 

 

 

 

 

 

 

Du souffle

 

« La vie qui se dérobe, l’amour qui fuit, la mort qui rôde. Expériences universelles, que subliment les poèmes de ce Carnet de générosité, de vérité et d’amour. Entre 1986 et 2005, atteint d’un mal dont on ignore encore aujourd’hui le remède définitif, André Sarcq écrit sur cette “issue annoncée, puis différée, et enfin surmontée”. Ce qui aurait pu être le fruit amer du désespoir se révèle, tant par le regard que par la plume, juste, bouleversant, et lumineux. Cette poésie est acte de foi en l’écriture, en la vie, et le poète est vivant. Bien vivant. »

 

Mais suis-je bête, je n’ai qu’à vous laisser apprécier un extrait, et je vous laisse là-dessus, en signalant tout de même que la maison d’édition d’André vient de rééditer l’un de ses textes les plus marquants, La Guenille, sous ce nouveau titre si juste : Aux hommes tués deux fois*.

Grand, très grand bon homme, cet André.

(Ps. J’avais bien dit que je parlerais de poésie.)

(Le dormeur dérobé)

Où que tu dormes je te touche

Ce sont paroles pour me défaire

Où que tu dormes je te touche

Mais à ma place

Je ne sépare rien

Et surtout pas

ton corps du corps de qui tu aimes

Je suis à côté loin

depuis si longtemps si loin

Tu échanges le même souffle

avec l’autre bouche là

la bouche de qui tu aimes

Je suis à côté loin

et je te touche

Mais il me faut ton repos

à portée de paume lointaine

sur ta hanche

ou le haut de ta cuisse

Il me faut ta vie qui palpite

chaude et rayonnante et sereine

de palpiter pour qui tu aimes

Ce sont paroles pour te défaire

Je les coule contre ton sommeil

prenant garde qu’elles n’y pénètrent

Je veux ton rêve en sueur et clair

de se mêler dans vos sommeils

au rêve pareil de qui t’aime

Où que tu dormes je te touche…

* A lire :

« Carnet d’exténuation » & « Aux hommes tués deux fois », d’André Sarcq, Ed. Impressions Nouvelles, 11 et 9 euros.

« Les Matinaux, La Parole en archipel », de René Char, Ed. Poésie Gallimard, env. 7 E.

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Une Réponse to “De l’homme et de sa poésie : André Sarcq”

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  1. Des hommes en cadeau | Mademoiselle du Petit Bois - mars 8, 2013

    […] parlerai d’André. Cet immense ami, ce poète, écrivain, aussi excellent qu’exigeant, dont je parlais déjà ici. André aux idées et aux rires toujours aussi galvanisants – oui, nous faisons mieux à nous […]

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